Chiffres de l’immigration par commune : ce que mesure l’INSEE
Les chiffres de l’immigration sont presque toujours cités à l’échelle nationale. Ils décrivent pourtant mal les communes françaises, dont la situation type est très éloignée de la moyenne du pays. Cet article présente la distribution complète de la part des étrangers et de la part des immigrés sur les 16 577 communes de 500 habitants et plus, à partir des données du recensement de la population 2022 diffusées par l’INSEE : médiane, quartiles, écarts selon la taille de commune, et limites de lecture de ces statistiques.
La réponse directe
Au recensement de la population 2022, la France compte environ 7,0 millions d’immigrés, soit 10,3 % de la population, et 5,3 millions d’étrangers, soit 7,8 % [3][4]. À l’échelle des communes, la lecture change : dans la commune médiane de 500 habitants et plus, la part des étrangers s’établit à 2,27 % et la part des immigrés à 3,67 % (même recensement). La moitié des 16 577 communes couvertes se situe sous ces valeurs.
Il n’y a aucune contradiction entre ces deux ordres de grandeur. La moyenne nationale décrit la population : elle est tirée vers le haut par les grandes communes, où réside une fraction importante des habitants et où les parts observées sont les plus élevées. La médiane communale décrit la commune type : plus des deux tiers des communes de l’échantillon comptent moins de 2 000 habitants. Les deux chiffres sont exacts ; ils ne mesurent simplement pas la même chose.
Étranger, immigré : deux définitions INSEE distinctes
Un étranger est une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu’elle possède une autre nationalité, soit qu’elle n’en ait aucune, cas des personnes apatrides [1]. Un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France [2].
Ces deux populations se recoupent sans se confondre. Un étranger n’est pas nécessairement immigré : il peut être né en France, ce qui concerne notamment des mineurs. Un immigré n’est pas nécessairement étranger : la qualité d’immigré est permanente au sens statistique, et une personne continue d’appartenir à la population immigrée même après avoir acquis la nationalité française [2]. La différence d’effectifs entre les deux populations correspond principalement aux personnes ayant acquis la nationalité française [3]. Conséquence pratique pour la lecture des tableaux qui suivent : les deux parts ne s’additionnent jamais.
Le recensement mesure la nationalité et le lieu de naissance, rien d’autre. La statistique publique française ne produit pas de statistiques ethniques ; « étrangers » et « immigrés » sont des catégories administratives et statistiques précises, sans autre contenu.
La distribution sur les communes de 500 habitants et plus
Le tableau ci-dessous donne la distribution complète des deux indicateurs sur les 16 577 communes de 500 habitants et plus disposant de la donnée, calculée par DataRespublica à partir de la base du recensement diffusée par l’INSEE [6].
| Repère | Part des étrangers | Part des immigrés |
|---|---|---|
| Minimum observé | 0,00 % | 0,00 % |
| Premier quartile | 1,23 % | 2,16 % |
| Médiane | 2,27 % | 3,67 % |
| Troisième quartile | 4,22 % | 6,21 % |
| Neuvième décile | 7,81 % | 10,26 % |
| Maximum observé | 65,50 % | 65,62 % |
| Moyenne pondérée par la population | 8,40 % | 11,06 % |
Trois lectures ressortent de cette distribution. Un quart des communes compte au plus 1,23 % d’étrangers et 2,16 % d’immigrés. Neuf communes sur dix restent sous 7,81 % d’étrangers et sous 10,26 % d’immigrés, c’est-à-dire sous la moyenne nationale ou à son niveau. Au-delà du neuvième décile, l’éventail s’étale fortement, jusqu’à des maximums de 65,50 % et 65,62 % observés dans quelques communes particulières, souvent frontalières ou très spécifiques.
La moyenne pondérée par la population de l’échantillon (8,40 % d’étrangers, 11,06 % d’immigrés) retrouve un ordre de grandeur proche des parts nationales publiées par l’INSEE (7,8 % et 10,3 %) [3]. L’écart résiduel tient au seuil de 500 habitants, qui écarte les très petites communes, et aux millésimes de population utilisés pour la pondération ; le chiffre de référence national reste celui de l’INSEE.
Les chiffres de l’immigration selon la taille de commune
Le principal facteur de variation visible dans ces données est la taille de la commune. Le tableau suivant détaille, par strate démographique, la médiane et la moyenne pondérée des deux indicateurs.
| Taille de commune | Communes | Étrangers : médiane | Étrangers : moyenne pondérée | Immigrés : médiane | Immigrés : moyenne pondérée |
|---|---|---|---|---|---|
| 500 à 1 999 habitants | 11 117 | 1,92 % | 2,79 % | 3,15 % | 4,09 % |
| 2 000 à 9 999 habitants | 4 431 | 2,84 % | 4,42 % | 4,61 % | 6,36 % |
| 10 000 à 49 999 habitants | 897 | 8,33 % | 10,77 % | 11,10 % | 13,97 % |
| 50 000 habitants et plus | 132 | 12,27 % | 14,02 % | 16,14 % | 17,79 % |
Le gradient est net et régulier : la part des étrangers médiane passe de 1,92 % dans les communes de 500 à 1 999 habitants à 12,27 % dans les 132 communes de 50 000 habitants et plus, et la part des immigrés médiane de 3,15 % à 16,14 %. Ce constat est purement descriptif : il indique où résident les populations étrangères et immigrées, pas pourquoi.
Ce gradient explique aussi pourquoi la médiane nationale paraît basse. Les communes de moins de 2 000 habitants représentent 11 117 des 16 577 communes de l’échantillon : la commune type est petite, et la valeur médiane reflète d’abord cette réalité géographique. Pour situer une commune donnée, la comparaison utile est celle de sa strate démographique plutôt que la valeur France entière.
Ce que la dispersion donne à voir
La distribution ne se résume pas à sa médiane. À une extrémité, 3 056 communes de l’échantillon, soit 18,4 %, comptent moins de 1 % d’étrangers, et un dixième se situe sous 0,69 % ; pour la part des immigrés, 829 communes (5,0 %) restent sous 1 %. À l’autre extrémité, les maximums dépassent 65 %. Entre ces deux pôles, la réalité observable localement varie du tout au tout : la question de la place de l’immigration en France reçoit, selon la commune d’où on l’observe, des réponses locales très différentes, toutes exactes. C’est précisément ce que la moyenne nationale, indispensable par ailleurs, ne peut pas montrer.
Trois réflexes aident à situer un chiffre entendu dans le débat public. Identifier d’abord ce qu’il compte : un stock (une part de population résidente, comme ici), un flux d’entrées ou un nombre de titres de séjour, trois grandeurs qui ne se comparent pas entre elles. Préciser ensuite son échelle : moyenne nationale, commune type ou strate démographique. Replacer enfin le gradient urbain dans un cadre plus large : la part des étrangers croît avec la taille de commune, comme le taux de chômage au sens du recensement, tandis que d’autres indicateurs, comme l’accessibilité aux médecins généralistes, suivent le chemin inverse. La taille de la commune est souvent la première variable cachée derrière les écarts territoriaux.
Vérifier commune par commune
Ces agrégats se déclinent commune par commune sur DataRespublica, toujours à partir des mêmes variables du recensement. La page population étrangère et immigrée par commune permet de filtrer par département et par seuil de population. Les classements nationaux sont consultables sur les pages part des étrangers par commune et part des immigrés par commune, avec un seuil de 500 habitants identique à celui de cet article. Pour replacer ces indicateurs parmi les autres critères démographiques et sociaux d’une commune, le guide des données pour choisir sa commune détaille la méthode de lecture indicateur par indicateur.
Ce que ces chiffres ne montrent pas
Ces statistiques ont des limites précises, qu’il faut connaître avant toute interprétation.
Pas de détail par nationalité à la commune. La ventilation entre ressortissants de l’Union européenne et d’autres nationalités n’est pas diffusée à la maille communale : les tableaux détaillés du recensement n’y publient qu’un indicateur binaire de nationalité (française ou étrangère), notamment pour des raisons de secret statistique sur les petits effectifs.
Un stock, pas un flux. Une part d’étrangers ou d’immigrés photographie la composition de la population résidente à une date donnée. Elle ne dit rien des entrées et sorties du territoire. Les statistiques de flux existent à l’échelle nationale mais obéissent à d’autres logiques : pour l’année 2022, l’INSEE estime à 331 000 le nombre d’immigrés entrés en France d’après le recensement, quand le ministère de l’Intérieur comptabilise 319 000 premiers titres de séjour délivrés la même année. Ces deux mesures, proches en apparence, portent en partie sur des personnes différentes et ne sont pas comparables terme à terme [5].
Une population recensée. Le recensement décrit la population résidente déclarée auprès de l’INSEE. Les personnes non recensées n’y figurent pas, quel que soit leur statut.
Des données absentes sous 500 habitants. Plus de la moitié des communes françaises comptent moins de 500 habitants. Sur de si petits effectifs, l’arrivée ou le départ de quelques foyers suffit à faire bouger une part exprimée en pourcentage de plusieurs points : c’est la raison du seuil appliqué ici comme sur les classements du site.
Rien sur les parcours administratifs. La base communale utilisée ne contient ni acquisitions de nationalité, ni titres de séjour, ni demandes d’asile à l’échelle des communes. Ces données relèvent d’autres sources, essentiellement nationales ou départementales.
FAQ chiffres de l’immigration par commune
Peut-on additionner la part des étrangers et la part des immigrés d’une commune ?
Non. Les deux populations se recoupent largement : la plupart des étrangers sont aussi immigrés. Les additionner compterait deux fois les personnes appartenant aux deux catégories. Chaque indicateur se lit séparément, avec sa définition propre.
Quelle valeur retenir pour situer une commune : la médiane ou la moyenne nationale ?
Ni l’une ni l’autre isolément. La comparaison la plus informative est celle de la strate démographique : une commune de 1 500 habitants se compare à la médiane des communes de 500 à 1 999 habitants (1,92 % d’étrangers), une ville de 60 000 habitants à celle des communes de 50 000 et plus (12,27 %). La moyenne nationale, elle, sert de repère pour la population française dans son ensemble.
Pourquoi certaines communes sont-elles absentes de ces statistiques ?
Deux raisons se cumulent. Les communes de moins de 500 habitants sont exclues du calcul pour éviter des pourcentages instables sur de très petits effectifs. Et pour certaines communes, l’INSEE ne diffuse pas la valeur, en application des règles de protection des données individuelles sur les petits dénombrements.
De quand datent ces chiffres et quand seront-ils actualisés ?
Les valeurs communales proviennent du recensement de la population millésimé 2022, diffusé par l’INSEE dans sa base comparateur de territoires [6]. L’INSEE actualise ces résultats chaque année par millésime glissant ; les pages de DataRespublica sont réalimentées au rythme de ces diffusions.
Références
- INSEE, définition « Étranger »
- INSEE, définition « Immigré »
- INSEE, L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers
- Direction générale des étrangers en France (ministère de l’Intérieur), Présence étrangère en France, recensement 2022
- Blog INSEE, S’y retrouver dans les chiffres de l’immigration
- INSEE, Comparateur de territoires (base communale)