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    Déserts médicaux par commune : ce que mesure l’indicateur APL

    Les déserts médicaux sont au centre du débat public, mais rarement décrits avec l’indicateur que la statistique publique a construit pour eux. Cet article présente la distribution communale de l’accessibilité potentielle localisée (APL) aux médecins généralistes, calculée par la DREES : ce que mesure exactement cet indicateur, ce que disent les données 2023 sur les 16 567 communes de 500 habitants et plus, et ce qu’elles ne permettent pas de conclure.

    La réponse directe

    Dans la commune médiane de 500 habitants et plus, l’accessibilité aux médecins généralistes s’établit à 3,23 consultations par an et par habitant (APL, millésime 2023). Sur les 16 567 communes couvertes, 3 988, soit 24,1 %, se situent sous le seuil de 2,5 consultations par an et par habitant que la DREES utilise pour caractériser les territoires sous-dotés en offre de soins [2]. À l’autre extrémité, un dixième des communes dépasse 4,84 consultations par an et par habitant.

    Contrairement à la plupart des indicateurs sociaux communaux, le gradient joue ici en défaveur des petites communes : 28,7 % des communes de 500 à 1 999 habitants sont sous le seuil de sous-densité, contre 8,5 % des communes de 50 000 habitants et plus. Ces proportions portent sur des communes, pas sur des habitants : les deux lectures ne sont pas interchangeables.

    Ce que mesure l’APL, et pourquoi ce n’est pas une densité

    L’accessibilité potentielle localisée est un indicateur développé par la DREES et l’IRDES pour mesurer l’adéquation entre l’offre et la demande de soins de premier recours à l’échelle communale [3][5]. Il s’exprime en nombre de consultations accessibles par an et par habitant, et se distingue d’une simple densité de médecins sur trois points [1].

    D’abord, il tient compte de l’offre des communes environnantes selon un modèle de temps d’accès : l’offre d’un médecin est considérée comme pleinement accessible à moins de 10 minutes du domicile, réduite d’un tiers entre 10 et 15 minutes, des deux tiers entre 15 et 20 minutes, et nulle au-delà [3]. Une commune sans médecin peut donc afficher une APL correcte si l’offre voisine est proche, et inversement une commune dotée d’un cabinet peut rester mal classée si ce cabinet est saturé par la demande alentour.

    Ensuite, l’indicateur mesure l’offre en volume d’activité des praticiens, pas en têtes : un médecin à forte activité pèse davantage qu’un médecin en activité réduite [1]. Enfin, la demande est standardisée par l’âge de la population, les besoins de soins n’étant pas uniformes selon les générations [1]. Les versions diffusées de l’indicateur portent sur les médecins généralistes, hors praticiens de 65 ans ou plus dans la déclinaison utilisée par l’Observatoire des territoires [4].

    La distribution sur les communes de 500 habitants et plus

    Le tableau suivant donne la distribution complète de l’APL aux médecins généralistes, calculée par DataRespublica sur les 16 567 communes de 500 habitants et plus disposant de la donnée (millésime 2023).

    RepèreAPL (consultations par an et par habitant)
    Minimum observé0,00
    Premier quartile2,53
    Médiane3,23
    Troisième quartile4,01
    Neuvième décile4,84
    Maximum observé25,59
    Moyenne pondérée par la population3,81

    Trois repères structurent la lecture. Le premier quartile (2,53) se situe juste au-dessus du seuil de sous-densité de 2,5 : un quart des communes de l’échantillon est donc au voisinage immédiat ou en dessous de ce seuil, et 3 988 communes y sont effectivement, dont 27 avec une APL nulle. La moitié centrale des communes se tient entre 2,53 et 4,01 consultations par an et par habitant, un intervalle resserré. Le maximum de 25,59 correspond à des situations très particulières de concentration d’offre rapportée à une petite population résidente ; il se lit comme une borne, pas comme un ordre de grandeur atteignable.

    Autre lecture utile : le rapport entre la médiane et le seuil. La commune type de l’échantillon se situe environ 30 % au-dessus du repère de sous-densité, mais l’écart reste faible en valeur absolue : trois quarts de consultation par an et par habitant séparent la médiane (3,23) du seuil (2,5). Le départ d’un praticien, une hausse de population ou une révision du modèle suffisent donc à faire basculer une commune proche du premier quartile d’un côté ou de l’autre du repère. C’est l’une des raisons pour lesquelles le décompte des communes sous-denses peut varier sensiblement d’un millésime à l’autre, sans que la situation sanitaire réelle ait beaucoup changé.

    Les déserts médicaux selon la taille de commune

    La taille de la commune est le premier facteur de variation, dans le sens inverse de celui observé pour la plupart des indicateurs sociaux : plus la commune est petite, plus l’accessibilité médiane est faible.

    Taille de communeCommunesAPL médianeMoyenne pondéréePart sous le seuil de 2,5
    500 à 1 999 habitants11 1123,073,2128,7 %
    2 000 à 9 999 habitants4 4303,523,7115,5 %
    10 000 à 49 999 habitants8963,653,8111,9 %
    50 000 habitants et plus1294,234,458,5 %

    L’écart entre strates est régulier : la médiane passe de 3,07 consultations par an et par habitant dans les 11 112 communes de 500 à 1 999 habitants à 4,23 dans les 129 communes de 50 000 habitants et plus, et la part de communes sous le seuil est divisée par plus de trois. Ce constat est descriptif : il situe où l’accessibilité mesurée est la plus faible, sans préjuger des causes ni des délais réellement vécus par les patients. Pour situer une commune donnée, la comparaison à sa strate démographique est plus informative que la médiane nationale.

    L’accès aux soins parmi les autres indicateurs communaux

    Le gradient observé ici a une particularité : il est inversé par rapport à la plupart des indicateurs sociaux communaux. Là où le taux de chômage au sens du recensement ou la part des immigrés croissent avec la taille de la commune, l’accessibilité aux médecins fait le chemin inverse, et ce sont les petites communes qui portent la sous-densité. Aucune taille de commune ne cumule tous les avantages : chacune combine des atouts et des fragilités que seule la lecture conjointe de plusieurs indicateurs fait apparaître, et c’est cette combinaison, plus qu’un chiffre isolé, qui décrit réellement un territoire.

    Devant un chiffre d’accès aux soins, trois vérifications évitent les conclusions hâtives. S’agit-il d’une accessibilité modélisée, comme l’APL, ou d’un vécu mesuré, comme des délais de rendez-vous ? La valeur porte-t-elle sur la commune ou sur son bassin de vie ? Et la comparaison est-elle faite à strate démographique égale ? Une même valeur d’APL ne raconte pas la même histoire dans un bourg isolé et dans une commune périurbaine à dix minutes d’un pôle de santé.

    Vérifier commune par commune

    L’APL de chaque commune est consultable sur DataRespublica dans les deux classements nationaux dédiés : accès aux médecins généralistes (communes les mieux dotées) et déserts médicaux (communes les moins bien dotées), tous deux calculés sur le même indicateur et le même seuil de population que cet article. Pour replacer l’accès aux soins parmi les autres critères d’une commune, le guide des données pour choisir sa commune détaille la méthode indicateur par indicateur, et la page qualité de vie territoriale permet de croiser l’accès aux soins avec les autres indicateurs de cadre de vie d’une commune.

    Ce que ces chiffres ne montrent pas

    Une accessibilité potentielle, pas un vécu. L’APL modélise une offre théoriquement accessible. Elle ne mesure ni les délais d’obtention d’un rendez-vous, ni le fait qu’un cabinet accepte ou non de nouveaux patients, ni le renoncement aux soins.

    Les généralistes seulement. L’indicateur présenté ici porte sur les médecins généralistes. Il ne dit rien de l’accès aux spécialistes, aux chirurgiens-dentistes ou aux infirmiers, qui font l’objet de déclinaisons distinctes de l’APL publiées par la DREES [1].

    Un seuil conventionnel. Le repère de 2,5 consultations par an et par habitant est une convention statistique de la DREES pour délimiter la sous-densité [2] ; il n’existe pas de définition juridique unique du désert médical, et d’autres seuils ou zonages (notamment ceux des agences régionales de santé) aboutissent à des périmètres différents.

    Une photographie millésimée. Les valeurs portent le millésime 2023. L’installation ou le départ d’un seul praticien peut sensiblement modifier l’APL d’un bassin de vie entre deux millésimes, surtout en zone peu dense.

    Des communes hors champ. Le seuil de 500 habitants retenu ici écarte plus de la moitié des communes françaises, précisément celles où l’offre locale est la plus rare ; la part de communes sous-denses calculée sur l’ensemble des communes serait donc différente de celle de cet échantillon.

    FAQ déserts médicaux et APL par commune

    Pourquoi ma commune affiche-t-elle une APL correcte alors qu’elle n’a aucun médecin ?

    Parce que l’APL intègre l’offre des communes voisines pondérée par le temps d’accès : un cabinet situé à moins de 10 minutes compte pleinement, même s’il est de l’autre côté de la limite communale. L’indicateur décrit un bassin d’accès, pas la présence d’un cabinet dans la commune.

    Que signifie une APL de zéro ?

    Qu’aucune offre de médecine générale n’est accessible à moins de 20 minutes du domicile selon le modèle de la DREES, qui annule l’offre au-delà de ce temps de trajet. Vingt-sept communes de l’échantillon sont dans ce cas au millésime 2023.

    La part de 24,1 % de communes sous le seuil vaut-elle pour la population ?

    Non. Les communes sous-denses sont surtout des petites communes : la part des habitants concernés est nettement inférieure à la part des communes. Les deux chiffres répondent à des questions différentes et ne se substituent pas l’un à l’autre.

    De quand datent ces chiffres et quand sont-ils actualisés ?

    Les valeurs communales portent le millésime 2023 de l’APL, calculée par la DREES qui actualise l’indicateur au rythme de ses publications. Les pages de DataRespublica sont réalimentées à chaque nouveau millésime chargé en base.

    Références

    1. DREES, L’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL)
    2. DREES, Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ?
    3. DREES, Études et résultats n° 795 : L’accessibilité potentielle localisée, une nouvelle mesure de l’accessibilité aux médecins généralistes libéraux
    4. Observatoire des territoires, Accessibilité potentielle localisée (APL) aux médecins généralistes
    5. IRDES, document de travail n° 51 : L’accessibilité potentielle localisée

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