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    Taux de chômage par commune : ce que mesurent les chiffres du recensement

    Le taux de chômage par commune est l’un des chiffres les plus consultés et les plus mal interprétés de la statistique locale. La raison tient en une phrase : le chiffre disponible commune par commune ne mesure pas la même chose que le taux national annoncé chaque trimestre. Cet article présente la distribution complète du taux de chômage au sens du recensement sur les 16 577 communes de 500 habitants et plus, explique les trois mesures officielles du chômage, et détaille ce que ces données permettent, ou non, de conclure.

    La réponse directe

    Dans la commune médiane de 500 habitants et plus, le taux de chômage au sens du recensement s’établit à 8,40 % des actifs de 15 à 64 ans (recensement de la population 2022). La moitié des 16 577 communes couvertes se situe sous cette valeur, un quart sous 6,50 %, et neuf sur dix sous 14,20 %.

    Ce chiffre ne se compare pas au taux national diffusé chaque trimestre : en moyenne sur l’année 2022, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) s’établit à 7,3 % de la population active, avec 2,2 millions de chômeurs pour une population active de 30,6 millions de personnes en France hors Mayotte [3]. Les deux mesures reposent sur des définitions différentes, détaillées ci-dessous, et le concept du recensement, plus large, donne des taux structurellement plus élevés [4]. La moyenne pondérée par la population des communes de l’échantillon ressort ainsi à 12,15 % : l’écart avec les 7,3 % nationaux reflète d’abord une différence de définition, pas une différence de réalité.

    Trois mesures du chômage, trois chiffres différents

    La statistique publique française produit trois mesures du chômage, chacune avec son usage.

    Le chômage au sens du BIT est la mesure de référence internationale, calculée par l’INSEE à partir de l’enquête Emploi. Est chômeur au sens du BIT une personne de 15 ans ou plus qui remplit trois conditions simultanées : être sans emploi durant une semaine donnée, être disponible pour travailler dans les deux semaines, et avoir recherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans les trois mois [2]. Cette mesure n’existe pas à l’échelle communale : elle est diffusée au niveau national, régional, départemental et par zone d’emploi.

    Le chômage au sens du recensement est la seule mesure disponible commune par commune. Elle est déclarative : sont comptées comme chômeurs les personnes de 15 à 64 ans qui se sont déclarées chômeuses lors du recensement, qu’elles soient inscrites ou non auprès de l’opérateur public de l’emploi, ainsi que celles qui, sans se déclarer chômeuses, ont indiqué rechercher un emploi [1]. Ce concept est plus large que le chômage BIT, notamment parce qu’il n’exige ni recherche active vérifiée ni disponibilité immédiate : les taux qui en résultent sont plus élevés que ceux publiés aux normes BIT [4]. C’est cette mesure que présentent cet article et les pages commune de DataRespublica, à partir du jeu de données diffusé par l’INSEE [5].

    Le décompte administratif des demandeurs d’emploi, enfin, recense les personnes inscrites auprès de France Travail, réparties en catégories selon leur activité. Il ne s’agit ni d’une enquête ni d’un recensement, mais d’un registre administratif : ses effectifs ne coïncident ni avec le chômage BIT ni avec celui du recensement.

    Ces trois populations se recoupent sans se confondre. Un chiffre de chômage n’a donc de sens qu’accompagné de sa définition, et deux chiffres ne se comparent que s’ils partagent la même.

    La distribution sur les communes de 500 habitants et plus

    Le tableau suivant donne la distribution complète du taux de chômage au sens du recensement, calculée par DataRespublica sur les 16 577 communes de 500 habitants et plus disposant de la donnée (recensement 2022, actifs de 15 à 64 ans).

    RepèreTaux de chômage au sens du recensement
    Minimum observé1,10 %
    Premier quartile6,50 %
    Médiane8,40 %
    Troisième quartile11,10 %
    Neuvième décile14,20 %
    Maximum observé76,20 %
    Moyenne pondérée par la population12,15 %

    La lecture par quartiles est plus robuste que la comparaison à une moyenne. La moitié des communes se situe entre 6,50 % et 11,10 %. L’écart entre le neuvième décile (14,20 %) et le maximum (76,20 %) signale la présence de valeurs extrêmes : elles concernent des communes où le nombre d’actifs est faible, si bien que quelques situations individuelles suffisent à produire un taux spectaculaire. Un taux communal très élevé se vérifie toujours en regardant l’effectif d’actifs concerné avant d’en tirer une conclusion.

    Le taux de chômage par commune selon la taille

    Comme pour la plupart des indicateurs sociaux communaux, la taille de la commune est le premier facteur de variation visible dans les données.

    Taille de communeCommunesMédianeMoyenne pondérée
    500 à 1 999 habitants11 1177,90 %8,56 %
    2 000 à 9 999 habitants4 4319,00 %10,35 %
    10 000 à 49 999 habitants89712,50 %13,79 %
    50 000 habitants et plus13214,75 %14,77 %

    Le gradient est régulier : la médiane passe de 7,90 % dans les 11 117 communes de 500 à 1 999 habitants à 14,75 % dans les 132 communes de 50 000 habitants et plus. Ce constat est descriptif : il situe où résident les actifs qui se déclarent au chômage, sans rien dire des causes. Pour situer une commune donnée, la comparaison utile est celle de sa strate démographique plutôt que la valeur France entière : une commune de 1 500 habitants à 9 % se situe au-dessus de la médiane de sa strate, une ville de 60 000 habitants au même taux se situe nettement en dessous de la sienne.

    L’ampleur des écarts entre communes

    L’écart entre communes est l’information la plus sous-estimée de ces données. Un dixième des communes se situe sous 5,20 % de chômage au sens du recensement, et 1 328 communes (8,0 % de l’échantillon) restent sous 5 % : des marchés du travail locaux proches du plein emploi déclaré. À l’inverse, 325 communes, soit 2,0 %, dépassent 20 %. Du premier au neuvième décile, le taux fait près du triple (de 5,20 % à 14,20 %) : parler du chômage français au singulier revient à moyenner des situations locales qui n’ont parfois rien en commun.

    Cette géographie se lit d’autant mieux qu’on la croise avec d’autres distributions communales. Le gradient par taille observé ici se retrouve, dans le même sens, pour la part des étrangers et des immigrés ; il s’inverse pour l’accès aux médecins généralistes, meilleur dans les grandes communes. Les grandes villes concentrent donc à la fois davantage de chômage déclaré et une meilleure accessibilité aux soins : une juxtaposition qui rappelle qu’aucun indicateur isolé ne résume un territoire, et que la commune type française, petite, ne ressemble à aucune moyenne nationale.

    Vérifier commune par commune

    Le taux de chômage de chaque commune, replacé dans son contexte départemental et national, est consultable sur la page emploi et chômage de DataRespublica. Pour croiser ce chiffre avec les autres indicateurs sociaux d’une commune, le guide du revenu médian par commune couvre le versant revenus, et le guide des données pour choisir sa commune détaille la méthode de lecture indicateur par indicateur.

    Ce que ces chiffres ne montrent pas

    Une déclaration, pas un statut vérifié. Le recensement enregistre ce que les personnes déclarent de leur situation. Il ne vérifie ni l’inscription administrative, ni la recherche active d’emploi, ni la disponibilité, contrairement à l’enquête Emploi qui applique les critères BIT [2].

    Aucune comparaison possible avec les taux départementaux publiés. Les taux de chômage localisés diffusés par l’INSEE pour les départements et zones d’emploi suivent les normes BIT. Rapprocher le taux communal du recensement d’un taux départemental localisé revient à comparer deux définitions différentes ; l’écart observé ne s’interprète pas.

    Ni halo, ni sous-emploi. Les personnes souhaitant travailler sans faire de démarche active, ou indisponibles à court terme, ainsi que les situations de temps partiel subi, ne sont décrites par aucun des chiffres présentés ici.

    Une photographie millésimée. Les valeurs communales portent le millésime 2022 du recensement. Elles ne reflètent pas la conjoncture du trimestre en cours, que seule la série nationale BIT suit.

    Des taux fragiles dans les petites communes. Sous le seuil de 500 habitants retenu ici, et même juste au-dessus, le nombre d’actifs est parfois si faible que le taux perd sa signification statistique. Le maximum observé de 76,20 % relève de cette catégorie de cas limites, pas d’une situation généralisable.

    FAQ taux de chômage par commune

    Pourquoi le taux de ma commune ne correspond-il pas au chiffre national annoncé dans les médias ?

    Le chiffre national repris par les médias est le taux BIT trimestriel issu de l’enquête Emploi. Le chiffre communal vient du recensement, avec une définition déclarative plus large. Les deux sont exacts dans leur cadre respectif ; ils ne mesurent pas la même population.

    Peut-on comparer le taux d’une commune à celui de son département ?

    Pas directement. Les taux départementaux publiés par l’INSEE sont des taux localisés aux normes BIT, le taux communal est au sens du recensement. La comparaison pertinente est celle d’une commune avec d’autres communes, idéalement de la même strate de population.

    Comment une commune peut-elle afficher un taux supérieur à 50 % ?

    Par un effet de petit dénominateur : quand une commune compte peu d’actifs, chaque personne pèse plusieurs points de taux. Ces valeurs extrêmes se lisent comme des signaux de fragilité statistique, pas comme des mesures précises.

    Les personnes inscrites à France Travail sont-elles comptées dans ces chiffres ?

    Ni systématiquement ni exclusivement. Le recensement compte les personnes qui se déclarent au chômage, inscrites ou non ; certaines personnes inscrites à France Travail se déclarent en emploi ou en formation, et ne sont alors pas comptées. Le registre administratif et le recensement se recoupent sans coïncider.

    Références

    1. INSEE, définition « Chômeur (recensement de la population) »
    2. INSEE, définition « Chômeur (au sens du Bureau international du travail) »
    3. INSEE, L’essentiel sur… le chômage
    4. INSEE, fiche recensement de la population : activité, emploi, chômage
    5. data.gouv.fr, jeu de données « Taux de chômage (au sens du recensement) »

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